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LA PRAIRIE
| et même de ne pas se présenter devant moi
, pourvu que je m'engageasse par serment à ne faire aucune tentative pour m'échapper, et même à ne pas me montrer jusqu'à un certain temps qu'ils fixèrent.
— Et ce temps ? demanda l'impatient Middleton, qui connaissait les scrupules religieux de son épouse, quel était ce temps ?
— Il est déjà passé. J'avais fait serment par ma sainte patronne, et je l'ai fidèlement gardé, car je ne me suis montrée sur le rocher que lorsque celui qu'on nomme Ismaël en fut venu à des actes 'de violence, et le temps fixé par mon vœu était alors écoulé.
— Vous connaissez mon ignorance du monde; -vous savez combien je suis peu en état de rendre compte des motifs de la conduite d'êtres si différents de tous ceux que j'ai vus jusqu'ici. Mais la soif de l'or ne porte-t-elle pas les hommes à des actions plus criminelles encore ? Je m'imagine qu'ils ont pensé qu'un vieux père riche se déciderait aisément à payer une forte rançon pour sa fille ; et peut-être, ont-ils aussi compté pour quelque chose l'aifection d'un jeune époux.
— Ils auraient tiré de moi tout le sang de mon cœur goutte à goutte ! s'écria Middleton. Et maintenant, Inez, quoique je sois ici pour vous défendre au péril de ma vie, et que nous nous trouvions en possession de ce rocher, nos embarras, peut-être nos dangers, ne sont pas encore terminés. Il faut vous armer de tout votre courage, et supporter cette épreuve en montrant que vous êtes la femme d'un soldat.
— Je suis prête à partir à l'instant même. La lettre que vous m'avez envoyée par le médecin m'avait donné de grandes espérances, et je me suis disposée à pouvoir fuir au premier signal.
— Partons donc sur-le-champ, et allons rejoindre nos amis.
— Nos amis! s'écria Inez en jetant les yeux autour de la petite tente pour y chercher Hélène; j'ai moi-môme ici une amie qui doit passer avec nous le reste de ses jours. Où donc est-elle?
Middleton lui prit doucement le bras pour la conduire hors de la tente ; ils rejoignirent Hélène et leurs trois ami?. Chacun s'occupa des préparatifs qui convenaient à ses forces et à sa situation. Le Trappeur s'était déjà emparé de l'âne, qui tondait l'herbe tranquillement à peu de distance du rocher, et il s'occupait alors à lui placer sur le dos la machine compliquée .que le docteur Battius jugeait à propos d'appeler une selle de son invention. Le naturaliste saisit ses portefeuilles, son herbier et sa collection d'insectes, qu'il plaça avec soin dans deux sacs suspendus à la susdite selle, mais que le Trappeur jeta avec dédain, du moment qu'il eut le dos tourné. Paul porta au bas du rocher les légers paquets qu'Inez et Hélène avaient préparés d'avance pour leur fuite, tandis que Middleton, après avoir employé les menaces et les promesses pour engager les enfants à rester tranquillement dans la situation où on les laissait, aida les deux femmes à descendre du rocher. Comme le danger devenait urgent, puisqu'il était probable qu'Is-
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