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LA PRAIRIE
| une pareille heure
. Cet étranger était mal vêtu, et tout annonçait en lui la pauvreté ; le chagrin avait adouci la fierté militaire de Middleton, et en passant près de ce misérable, il lui dit avec ua ton de douceur ou plutôt de bonté ;
. — Vous passerez la nuit au corps-'cle-garde, l'ami, si la patrouille vous trouve ici. — Prenez ce dollar, et allez chercher ailleurs un gîte et quelque chose à mettre sous la dent.
— J'avale ma nourriture sans avoir besoin de la mai cher, capitaine, répondit le vagabond en saisissant avec toute l'ardeur d'une âme vile et intéressée l'argent qui lui était offert; donnez-moi vingt-neuf autres pièces semblables, et je vous vendrai un secret.
—> Eh bien ! voici trente dollars ; mais faites bien attention que, si vous ne me dites rien qui mérite d'être su, je puis appeler la garde, vous forcer à les restituer, et vous faire punir de votre insolence.
— Je connais un nommé Abiram White (1). Je crois qu'il a pris ce nom pour annoncer sa haine contre la race des noirs. — Quoi qu'il en soit, il est à ma connaissance que, depuis bien des années, il a fait et fait encore le métier régulier de transporter des créatures humaines d'un Etat dans un autre. — J'ai trafiqué avec lui dans mon temps, et c'est un chien qui ne cherche qu'à tromper : il n'y a pas plus d'honneur en lui que de viande dans mon estomac. Or, je l'ai vu ici, dans
(1) White signifie Kaao.
cette ville, le jour même de votre mariage. Il était avec le frère de sa femme, et il prétendait qu'ils allaient s'établir sur les nouveaux territoires pour y chasser. C'était une bande de gens tels qu'il en faut pour faire de bonnes affaires : sept garçons, tous aussi grands que votre sergent, y compris son bonnet. EhJbien ! du moment que j'ai appris que totre femme avait disparu, je je me suis dit sur-le-champ qu'Abiram avait mis la main sur elle. Abirain vend les blancs comme les noirs,
— Cela peut-il être vrai? Comment le savez-vous.? Quelle est votre raison pour le croire?
— Quelle est ma raison? ma raison, c'est que je con-ttais Abiram White. Et maintenant, ajouterez-vous une bagatelle pour empêcher mon gosier de se dessécher?
— Allez, allez, vous n'avez déjà que trop bu, misérable, car vous ne savez ce que vous dites. Retirez-vous, et prenez garde de rencontrer la patrouille.
— Il faudra donner une forte rançon, et puis Bush, le beau-frère de White, en veut aux gens d'épée et aux civils qui gardent cette province au nom. des Etats du Nord; peut-être devrez-vous aussi montrer à Bush la couleur de vos dollars. Adieu, je vais goûter les liqueurs de la vivandière.
Middleton pensa que ce que lui avait dit ce mécréant méritait quelque attention, et autant de fois il rejeta cette idée comme trop extravagante pour y songer un instant. Après avoir passé la nuit dans l'agitation et sans dormir, il céda au sommeil vers le matin, et fut éveillé peu après par le sergent de garde, qui vint lui rendre
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