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LA PRAIRIE
| Vous dites vrai, vous avez raison
s'écria le Trap-> peur en souriant involontairement de plaisir au souvenir de son ancienne adresse. J'ai vu le jour où peu d'hommes savaient manier mieux que moi un long fusil tel que celui que je porte, et en tirer un meilleur parti.
Sa voix se perdit dans le bois, où, tout en parlant, il s'était laissé conduire par Paul, trop absorbé par des pensées qui se reportaient sur des scènes arrivées plus d'un demi-siècle auparavant dans l'histoire du pays, pour opposer la moindre résistance.
Pour éviter de donner à notre récit une étendue qui pourrait fatiguer le lecteur, nous le prions de se figurer qu'il s'est écoulé une semaine entre la scène qui termine le précédent chapitre et les événements pour la relation desquels nous nous proposons de reprendre dans celui-ci le fil de notre histoire. La saison était au moment de changer ; la verdure de l'été faisait place de plus en plus à la sombre livrée de l'automne. Les cieux étaient chaï-gés de nuages qui, amoncelés les uns au-dessus des autres, roulaient avec une effrayante rapidité, s'entr'ouvrant quelquefois pour laisser entrevoir la voûte azurée dont l'éclat étincelant frappait d'autant plus que l'horizon était plus sombre et plus couvert. En dessous, les vents se déchaînaient sur la Prairie désolée, avec une violence dont on n'a d'idée dans presque aucune autre partie du continent.
Au milieu des ondulations de la Prairie s'élevait un roc escarpé, sur le bord d'une petite rivière, qui, après de longs détours à travers les plaines, allait se jeter dans
le sein de l'un des nombreux tributaires du père des fleuves. Près de la base du roc, dans une espèce de bas-fond, régnait une rangée d'aunes et de sumacs, qui semblaient n'avoir été épargnés que pour indiquer l'emplacement d'un petit bois ; le resté des arbres avait été abattu pour différents usages. C'était là que se trouvaient les indices qui annonçaient la présence de l'homme.
D'en bas on ne distinguait qu'une sorte de parapet formé avec des pierres et des troncs d'arbres grossièrement entremêlés, de manière à éviter tout travail inutile ; plus loin on voyait quelques toits très-bas, faits d'écorce et de branchage ; de distance en distance, une barrière placée sur les points qui semblaient offrir un accès plus facile ; et enfin, au haut d'une petite pyramide qui faisait saillie sur un des angles du roc-, une tente de toile dont la blancheur brillait au loin comme un bloc de neige, ou, pour me servir d'une comparaison plus convenable au sujet, comme un étendard sans tache et soigneusement gardé, que ceux qui occupaient la citadelle située plus bas ét£3ent décidés à défendre au prix du plus pur de leur sang. Il est à peine nécessaire d'ajouter que cette forteresse, grossièrement construite, était l'endroit où Ismaél Bush s'était réfugié après le vol de ses troupeaux.
Le jour où nous nous trouvons maintenant transportés, le squatter, debout au pied du roc et appuyé sur son fusil, jetait sur le sol stérile qui le portait un regard où se peignaient tout à la fois le mépris et le désappointement.
— H n'y a rien à faire dans cet affreux pays, mon
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