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LA PRAIRIE
| grossier
était du métal éclatant du Mexique ; ce même métal brillait sur son fusil, dont la monture était en su-.perbe acajou, et les chaînes et broloques de trois mauvaises montres pendaient à différentes parties de sa per-, sonne. Indépendamment du sac et du fusil, de la giberne et de la poire à poudre qu'il portait sur le dos, il avait jeté négligemment sur ses épaules une hache brillante et bien affilée; et, malgré tout ce poids, il paraissait avec autant d'aisance que si rien ne l'eût embarrassé, et qu'il n'eût point porté le plus léger fardeau.
A quelques pas derrière lui s'avançait un groupe de jeunes garçons dont le costume était, à peu de chose près, semblable, et dont la ressemblance avec leur chef, ainsi que celle qu'ils avaient entre eux, annonçait assez que c'étaient les enfants d'une même famille. Quoique le plus jeune eût à peine passé cette époque de la vie qui, d'après la définition subtile de la loi, s'appelle l'âge de discrétion, déjà il se montrait digne de ses ancêtres, en cela du moins que sa taille hardie égalait celle des hommes ,dô sa race. Nous ne ferons pas ici la description de ses compagnons ; elle trouvera naturellement sa place dans le cours régulier de notre récit.
Deux femmes seulement se trouvaient dans cette petite troupe, quoiqu'on vît sortir de • temps en temps du premier chariot quelques petites figures olivâtres, où se peignaient une grande curiosité et une vivacité caractéristique. La plus âgée était ridée et avait-un teint livide, c'était la mère de la plus grande partie de la bande ; l'autre était une jeune fille de dix-huit ans, dont l'habillement, l'air et le maintien semblaient indiquer que, sur l'échelle de la société, elle était placée de plusieurs degrés au-dessus de ceux qui l'accompagnaient. Le second chariot était couvert d'une toile attachée avec tant de soin qu'il était impossible de voir ce qu'il contenait. Les autres voitures étaient chargées de meubles et d'effets, tels qu'on peut en supposer à des êtres qui sont prêts à changer à tous moments de demeure sans faire attention à la saison ou à la distance.
Peut-être n'y avait-il ni dans cet équipage, ni dans l'extérieur de ceux auxquels il appartenait, rien qu'on ne puisse rencontrer tous les jours sur les grandes routes de notre pays remuant et agité ; mais le cadre dans lequel ce tableau mouvant était renfermé, la solitude, la singularité du lieu, lui imprimaient un caractère particulier.
Dans les petites vallées qui, d'après la conformation régulière du terrain, se présentaient à chaque mille sur leur route, la vue était bornée, de deux côtés, par les collines graduelles et presque insensibles qui donnent leur nom à ce genre de prairie dont nous avons parlé, tandis que la perspective des deux autres, se prolongeant dans un espace étroit et resserré, ne montrait qu'une végétation grossière, quoique assez abondante. Du haut de ces collines, de quelque côté que l'œil plongeât, il était fatigué de l'uniformité d'un paysage dans lequel tout glaçait d'horreur. La terre ressemblait assez à l'Océan, lorsque ses vagues encore agitées se soulèvent pesamment à la fin d'une tempête.
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