Livres Romans Poemes Litterature grands ecrivains

 

LA PRAIRIE


CHAPITRE III



Le jour avait alors entièrement souleYé le voile qui couvrait l'horizon. L'entrée d'Obed dans le oamp à cette heure avancée, et surtout les lamentations bruyantes que lui arrachait la crainte d'avoir perdu le fruit de tant de pénibles recherches, ne manquèrent pas de réveiller la famille du squatter, Ismaël et ses fils, ainsi que le frère de sa femme, ce compagnon à l'aspect repoussant, dont nous avons déjà parlé, furent bientôt debout; et à mesure que le soleil commençait à répandre sa lumière autour d'eux, ils apprirent toute l'étendue de leurs pertes.
Ismaël, les dents fortement serrées, regarda d'abord les chariots immobiles et pesamment chargés ; de là ses yeux se portèrent sur le groupe d'enfants, qui, d'un air affamé, se pressaient autour de leur mère, dont le regard sombre annonçait le désespoir ; puis tout à coup il sortit dans la plaine, comme si l'air du camp était trop renfermé pour qu'il pût y respirer librement. Ses compagnons attentifs, qui cherchaient à lire ses projets sur sa physionomie soucieuse, le suivirent dans un morne silence jusqu'au sommet de la colliiie voisine, d'où la vue s'étendait
presque à l'infini sur la plaine ; mais ils ne découvrirent rien qu'un buffle solitaire qui broutait à peu de distance l'herbe déjà fiétrie, et l'âne du médecin, qui profitait de sa liberté pour faire un régal un peu plus long qu'à l'ordinaire.
— Voilà donc ce que les brigands nous ont laissé, dit Ismaël en apercevant la paisible bote ; pour nous railler encore, ils nous renvoient ce qu'il y avait de plus inutile dans nos troupeaux ! -— C'est une terre bien dure pour y trouver quelque chose à moissonner; et cependant il faut bien se procurer de quoi remplir tant de bouches affa»
niées.
— Le fusil vaut mieux que la houe, dans un lieu comma .celui-ci, répondit l'aîné des garçons en frappant du pied d'un air dédaigneux sur le sol aride ; il n'est "bon que pour ceux qui aiment mieux faire leur dîner de fèves, comme les mendiants, que à'homminie. Un corbeau verserait des larmes, s'il lui fallait traverser ce district. — Qu'en dites-vous, Trappeur? dit le père en lui montrant l'empreinte presque inapparente que le talon vigoureux de son ûls avait laissée sur la terre compacte ; est-ce là le terrain que doit choisir de préférence celui qui ne va jamais importuner l'officier public du comté pour lui demander des titres de propriété?
— Il y a des terres infiniment meilleures dans les bas-fonds, répondit le veillard d'un ton calme ; et pour arriver à cet endroit aride, il vous a fallu traverser des millions d'acres, où celui qui aime à labourer la terre serait sur de recueillir autant de boisseaux qu'il aura




































































































































































 


© Copyright 2005-2006 Les-livres.net