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LA PRAIRIE
| CHAPITRE II
Le malheureux chasseur d'abeilles et ses compagnons étaient tombés entre les mains d'un peuple qu'on pourrait appeler sans exagération les Ismaélites ou Bédouins des déserts de l'Amérique. De temps immémorial, les Sioux s'étaient rendus redoutables à leurs voisins des Prairies par leurs incursions continuelles, et aujourd'hui même que l'influence et l'autorité d'un gouvernement civilisé commence à se faire sentir autour d'eux, ils passent encore pour une race perfide et dangereuse.
Malgré la soumission paisible du Trappeur, il savait bien entre lés mains de quels barbares il était tombé; mais il eût été difficile à l'observateur le plus fin de décider quel était le motif secret, soit crainte, soit politique, soit résignation à son sort, qui agit sur le vieillard lorsqu'il se laissa dépouiller sans murmurer. Loin d'opposer à ses vainqueurs la moindre résistance, lorsque, avec leur manières rudes et violentes, ils se mirent à faire sur lui les perquisitions d'usage, il fut le premier à satisfaire leur cupidité en offrant à leur chef les objets qu'il croyait pouvoir lui être le plus agréables.
Après avoir dépouillé les prisonniers de leurs armes,de leurs munitions et de quelques colifichets de peu de valeur, les chefs se rassemblèrent de nouveau, un autre conseil fut tenu, et aux gestes véhéments et expressifs du petit nombre de ceux qui portèrent la parole, il était évident qu'ils étaient loin de regarder encore leur victoire comme complète.
— Nous aurons du bonheur, dit tout bas le Trappeur, qui entendait assez leur langage pour comprendre parfaitement le sujet de ia discussion, si les autres voyageurs campés près des saules ne sont pas troublés dans leur sommeil par la visite de ces mécréants. Ils sentent le butin de loin, et, une fois qu'ils sont sur la trace, ils la suivent avec la môme ardeur qu'un chien qui s'élance sur la piste du gibier.
— Il me serait facile, répondit Paul, de pousser un cri assez fort pour faire tressaillir le vieiljsmaêl dans son sommeil, et lui faire croire que les loups sont à réveiller le campement au milieu de son troupeau ; je puis me faire entendre à un mille de distance dans ces plaines ouvertes, et il n'est campé qu'à un quart de mille d'ici tout au plus.
— Oui, et vous faire assommer pour votre peine i reprit le Trappeur. Non, non, il faut opposer la ruse à la ruse, ou les bandits massacreront la famille tout entière.
— La massacrer ! Oh ! non, c'est par trop fort ! Ismaël aime tant à voyager qu'il n'y aurait pas grand mal qu'on lui fit voir un instant les bords de l'autre mer; mais je brûlerais une amorce en sa faveur, avant de le laisser assommer tout à fait.
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