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LA PRAIRIE
| m'arrête guère plus d'un mois
dans le même endroit ; exerçant le dur métier de Trappeur. Pendant soixante-quinze ans j'ai été sur la.route qui mène de la Rivière-Sans-Fin aux. eaux de l'Ouest; et dans toute la distance, à partir des rives.de PHudson, il n'y a pas la moitié de ce nombre de lieues où je n'aie mangé de la venaison provenant de ma propre chasse. Mais ce sont de vaines fanfaronnades : à quoi servent les anciennes prouesses lorsque la vie touche à son terme?
— J'ai rencontré une fois un homme qui avait ëté en bateau sur la rivière qu'il vient de nommer, dit l'un des enfants en parlant à voix basse, comme quelqu'un qui se défié de ses connaissances, et qui juge prudent de ne parler qu'avec circonspection en présence d'un homme qui en avait tant vu; à l'en croire, ce doit être un courant considérable, assez profond pour porter les plus grands bateaux.
— Oui, c'est une immense étendue d'eau, et un grand nombre de belles villes s'élèvent sur ses bords, reprit le vieillard ; cependant ce n'est qu'un ruisseau, comparée à la Rivière-Sans-Fin.
— Avez-vous été fort loin du côté du coucher du soleil? demanda l'émigrant. Je m'aperçois que par ici ce ne sont que clairières interminables.
— Vous pouvez voyager des semaines entières, et vous verrez toujours la même chose. Je pense souvent que le Seigneur a placé cette ceinture aride de prairies derrière les Etats, pour faire sentir aux hommes à quelle situation déplorable leur folie peut encore ramener le pays.
Oui, vous pouvez parcourir pendant des semaines, pendant des mois entiers, ces plaines ouvertes, sans rencontrer aucune habitation, aucune cabane, aucun abri. Il n'est point jusqu'aux animaux sauvages qui n'aient bien des milles à franchir pour trouver leur repaire ; et pourtant il est rare que le vent souffle de l'est, sans que je croie entendre des coups de hache et un bruit d'arbres qui tombent à terre.
Le vieillard parlait avec autant de noblesse que de gravité, et son grand âge donnait un nouveau poids à ses paroles. Ses récits intéressaient tellement ses auditeurs, qu'ils restaient immobiles autour de lui, silencieux comme le tombeau. Le vieillard fut obligé de relever lui-même la conversation, ce qu'il fit par une de ces questions indirectes si fort en usage chez les habitants des frontières.,
— Il ne vous a pas été facile de traverser à gué les courants d'eau et de pénétrer aussi avant dans les Prairies avec vos attelages de chevaux et vos troupeaux de bêtes à cornes ?
— J'ai suivi la rive gauche du grand fleuve, répondit l'émigrant, jusqu'à ce que j'aie vu que le courant nous conduisait trop vers le nord. Alors nous l'avons traversé sur des radeaux sans trop souffrir. La femme a perdu une toison ou deux sur la tonte de l'année prochaine, et les filles ont une vache de moins dans leur troupeau. Depuis ce temps nous nous eu sommes tirés à merveille en jetant un pont sur les petites rivières qui se présentaient presque tous les jours.
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